Les femmes des deux activistes ont déjà porté plainte contre l'Etat guinéen en France et à la Cédéao.
Mardi 9 juillet 2024, Foniké Mengue et Billo Bah, principaux responsables du Front national pour la défense de la constitution, fer de lance contre le troisième mandat d’Alpha Condé sont enlevés. 16 mois après, ces proches restent sans nouvelles. Comment Oumar Sylla et Billo Bah ont-ils été kidnappés ?
Vers 22 heures au quartier Komandayah, commune de Dixinn, Oumar Sylla dit Foniké Mengué et Billo Bah échangent encore dans le domicile du premier. Assis sur les canapés du salon, Billo reçoit un appel, c’est un ami au bout du fil. L’émetteur au téléphone l’alerte, plusieurs hommes en tenue ont été vus en direction du domicile de Foniké Mengué, coordinateur du FNDC.
Ils n’auront pas le temps de fermer la porte du salon, témoigne Keira Diallo, frère de Foniké Mengué et présent lors de l’enlèvement : « C’est une personne en civil qui est entrée en premier. Elle a subitement fait irruption en nous regardant. C’est un homme et il était venu voir si Foniké Mengué était là. Les gendarmes attendaient dehors. Puis, il a intimé l’ordre aux gendarmes d’entrer qu’ils sont là. »
Traînés de force sans mandat, les trois témoins présents tentent de s’interposer. Mohamed Cissé, responsable des antennes du FNDC à Matoto sera embarqué avec les deux activistes. La belle-sœur de Foniké Mengué essuie une gifle. Keyra Diallo, lui, est rapidement maîtrisé par le nombre d’hommes en tenue. « On ne voyait maintenant que des militaires armés. Ils étaient dénombrables. C’est comme s’ils venaient chercher des rebelles », s’alarme-t-il.
Où sont-ils et pourquoi ont-ils été enlevés ?
Le témoignage de Keira Diallo sera confirmé par Mohamed Cissé, celui qui a été envoyé avec les deux activistes. Après sa libération avec les côtes cassées. Le rescapé raconte dans une vidéo diffusée sur les plateformes digitales du FNDC que tous les trois ont été transités par le palais Mohamed V, puis transférés à la prison secrète de Kassa au large de Conakry.
L’enlèvement et le témoignage du rescapé Mohamed Cissé révèlent alors le vert dans le fruit du CNRD à l’international. Dans un communiqué publié mi-juillet 2024, une semaine après l’enlèvement des activistes, le bureau du procureur général de la Cour d’appel affirme qu’aucun organe d’enquête n’a procédé à une interpellation des deux responsables de la société civile. Et d’ajouter, « qu’aucun établissement pénitentiaire du pays ne détient les deux activistes ». Une enquête sera ouverte par le parquet. En vain !
Faute de revendication ou d’explication de la part des ravisseurs toujours inconnus, impossible de citer les raisons. A la veille du 9 juillet 2024, c’est sûr, Foniké Mengué, le leader des jeunes en Soussou participait à une réunion de la dynamique des organisations de la société civile. L’objectif : protester contre la fermeture des médias et la cherté de la vie. Le mouvement lancé fin juin s’organisait à travers des journées en tee-shirt rouge et des campagnes de mobilisation dans plusieurs quartiers de la capitale. Leur slogan : “les jeunes ont compris”.
