Vendredi 31 juillet 2026. Plus de 60 000 personnes, majoritairement marocaines mais aussi originaires d’Afrique subsaharienne, franchissent la frontière de Ceuta pour entrer sur le territoire espagnol. Cette enclave espagnole située sur la côte marocaine redevient l’épicentre de l’attention médiatique et politique. L’ampleur des arrivées occupe tous les regards. Leur coût humain beaucoup moins. Selon les autorités espagnoles, au moins 50 personnes ont trouvé la mort lors des traversées. Les autorités marocaines, elles, n’en reconnaissent que onze.

Derrière les images se joue une crise bien plus ancienne. L’afflux vers Ceuta ravive le différend de souveraineté qui oppose le Maroc et l’Espagne depuis l’indépendance du Maroc en 1956 . Il met aussi Pedro Sánchez sous pression, alors que la majorité des personnes entrées dans l’enclave sont rapidement reparties vers le Maroc ou y ont été reconduites.
Ceuta : repères
Minuscule enclave espagnole de 18 kilomètres carrés, Ceuta abrite plus de 80 000 habitants. Elle présente une singularité : située sur la côte nord du Maroc, à seulement 29 kilomètres de l’Espagne continentale. Elle est entièrement entourée par le territoire marocain.
Depuis plus de cinq siècles, elle appartient à l’Espagne. Son histoire épouse celle des grandes puissances méditerranéennes : fondée par les Phéniciens, elle passe successivement sous domination carthaginoise, romaine puis musulmane avant d’être conquise par le Portugal en 1415. Lors de l’union des couronnes espagnole et portugaise sous Philippe II, à la fin du XVIᵉ siècle, elle entre dans l’orbite espagnole.
Contestations marocaines et diplomatie migratoire
Avec Melilla, située environ 400 kilomètres plus à l’est, Ceuta constitue l’une des deux enclaves espagnoles bordant le Maroc. En 2023, une carte officielle publiée par les autorités marocaines avait inclus Ceuta et Melilla dans les frontières du pays. Pedro Sánchez avait répliqué : « Ceuta et Melilla sont espagnoles. Point final.»
En mai 2021, près de 10 000 personnes avaient déjà pénétré dans Ceuta en moins de quarante-huit heures. Rabat protestait alors contre l’hospitalisation en Espagne de Brahim Ghali, chef du Front Polisario. Le Front Polisario revendique l’indépendance du Sahara occidental, territoire largement contrôlé par le Maroc. Madrid avait alors accusé Rabat d’avoir relâché le contrôle de sa frontière pour exercer une pression diplomatique.
La crise sert de combustible contre Pedro Sanchez
Plus qu’une simple crise migratoire, cet épisode sert de combustible à la campagne de l’extrême droite contre le pouvoir de gauche à Madrid, dont l’approche plus ouverte de la politique migratoire est au cœur des critiques. De Rome à Washington, les réactions se sont multipliées depuis le 1er août.
Au risque d’instrumentaliser les frontières. Giorgia Meloni a appelé à suspendre l’Espagne de l’espace Schengen, une proposition largement critiquée, notamment parce que Ceuta ne fait pas partie de cet espace de libre circulation. Rome accuse Madrid d’avoir créé un appel d’air en annonçant la régularisation de 500 000 travailleurs sans papiers. Une critique qui surprend, l’Italie ayant elle-même procédé à des régularisations d’ampleur comparable et prévoyant d’en autoriser 500 000 supplémentaires d’ici 2028.
Outre-Atlantique, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a accusé la semaine dernière l’Espagne de « faciliter l’immigration illégale massive en Europe ». Cette sortie intervient alors que les relations entre Madrid et Washington se sont nettement tendues. Pedro Sánchez a multiplié les désaccords avec les États-Unis, notamment en s’opposant à la guerre contre l’Iran et le soutien à la Palestine.
